L’Imaginaire/ Romain Pouzadoux-Arnaud Laverdin

"Band of Brothers"

Quand Romain Pouzadoux​ décide d’inviter à sa table une des brigades les plus douées de la scène lyonnaise, le résultat promet d’être beau. Quand on découvre en arrivant que les lieux ont été envahis par ce qui semble être à première vue une bande de hipster tout droit sortis du dernier pop up food à la mode, on se dit que la soirée s’annonce intriguante.

Quand on comprend que derrière ce défilé de barbes entretenues, de chemises fleuries aux motifs chers à Paul Smith se cachent des talents inversement proportionnels aux nombres de pages écrites par R.R Martin cette année, on pressent que le moment qui arrive, s’inscrit de facto dans la catégorie  » the place to be ».

Macho Macho Man

Et en effet, ce soir là, dans cette atmosphère très « manly man », les équipes de l’Imaginaire et de la Bijouterie (le restaurant lyonnais d’ Arnaud Laverdin) nous ont concocté un cocktail ébouriffant. La recette? simple: 2/3 de talents secs et 1/3 d’inspiration japonaise; ajoutez quelques soupçons de « bro-attitude » et mélangez au shaker, jamais à la cuillère, servez dry.

De cette jeunesse, décontractée, qui travaille comme elle vit, à mi-chemin entre le sérieux le plus strict et la nonchalance la plus affichée, on aura énormément appris en 3 heures de temps. On pensait avoir vécu les plus belles osmoses avec les quatre mains de christophe hay, loic villemin et sylvain sendra mais comme quoi il ne faut jamais jurer de rien. Romain Pouzadoux et son incroyable flair pour s’entourer de tout ce que sa génération a su donner de meilleur à la gastronomie française, déniche ici encore une pépite, un diamant brut pour le bon goût du bon peuple brestois.

Mais là où d’habitude le chef se déplace seul, de temps en temps avec son second, extrêmement rarement à trois, cette fois-ci c’est carrément toute la Bijouterie qui débarque en force, en « BroForce » dirons-nous.

Mad Men

De cet excès de testostérone au m², on obtiendra un menu à n’en plus finir où il n’a pas été rare de voir de très grands plats s’enchaîner façon combo, poussant la notation dans le rouge, version haute vélocité. On pense ici à toute la partie carnée du repas aussi impactante qu’un morceau de Pantera dans une playlist de France Gall. Détonnant. Un repas porté par une assurance de premier de la classe qui déconstruit tous les artifices pour arriver à des épures cristallines comme le cœur de canard/ yuzu ou le Tsukudani/ pomme de terre.

Arnaud Laverdin, homme de voyage, aux cultures et imprégnations diverses était à ce moment de son histoire dans une relation encore intime avec le Japon que l’on a pu ressentir dans le repas à travers des colorations fortes: produits, méthodes de cuisson, minimaliste ambiant…

On notera également la performance, sur un menu si long, de faire aussi peu de faute, cette capacité rare à maintenir la barre haute sans chuter, sans trop de baisse de régime. Car mise à part la carotte/oursin et la langoustine/chou/jus de cochon quasiment tout le reste était brillant avec certaines fulgurances parmi les meilleures de l’année dans leurs domaines respectifs.

Devenu maître dans l’exercice par la force de l’expérience, Romain Pouzadoux prouve qu’il est bien cet homme à mille visages capable d’adapter son tempo, sa mélodie de soliste pour, le temps d’un menu, endosser le rôle de choriste travaillant à l’unisson, sans dissonance. Remy Havetz​ Arnaud Laverdin​, Thomas Pezeril​, Romain Pouzadoux, Marty Mak-fly Calvarin​ auront combattu ce soir là dans une même escouade, côte à côte, le temps d’une charge culinaire héroïque tels des frères d’armes tout droit sortis d’un épisode de Band of Brothers pour un résultat désarmant.

Butternut raclette

Butternut/ raclette fumée

L’important c’est pas la destination c’est le voyage c’est la nourriture.

Cette cuisine sensible et pourtant brute, que l’on pourrait croire d’instinct alors que très réfléchie comme le démontre le travail accompli sur le lapin fumé/betterave, cette volonté de multiplier les cuissons et donc les textures de la viande pour que le plat aboutisse à un résultat équilibré en terme de sensations et ne soit pas trop aride, trop sec.

Lapin fumé betterave

Lapin fumé/ Betterave/ Huile de persil

Cette cuisine qui nous aura souvent fait prendre le jet brest-Kyoto pour des allers-retours brillamment exécutés, cette cuisine presque novatrice par moment méritait à tous les égards d’être vécu, et c’est donc pas peu fier que nous pouvons écrire: nous y étions !.

Quand la bijouterie et l’Imaginaire travaillent main dans la main, vous obtenez ce Précieux. Attention son pouvoir d’addiction n’a rien à envier à celui qui, dans l’encre de Tolkien, ravage l’esprit de quiconque s’en empare. Mais que voulez vous il faut parfois savoir s’abandonner à la tentation.

Pour un quatre mains d’exception, une note en adéquation !

L’Imaginaire

• 23 Rue Fautras, 29200 Brest
• Ouvert du mardi au samedi sauf mercredi et samedi midi

www.restaurant-imaginaire.fr

La Bijouterie

• 16 Rue Hippolyte Flandrin, 69001 Lyon
• Ouvert du mardi au samedi

www.labijouterierestaurant.fr

Verdict :

Cuisine brillante

L’Imaginaire/ Romain Pouzadoux-Arnaud Laverdin

par Feed-Me
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