Le Cobh/ Kévin Lépine

"Dans l'ombre des grands"

Lost in la Mancha

“N’ayez pas peur” sont les mots que l’on peut lire sous la croix de Ploërmel où trône la statue de Jean Paul II. En effet, n’ayez pas peur, car nous vous invitons à venir vous “perdre” à Ploërmel. Dans ce centre Bretagne qui aspire moins les touristes que les côtes, la ville de Ploërmel héberge l’hôtel restaurant le Cobh, tenu par la Famile Suire avec à la tête du restaurant un homme dont on ne parle objectivement pas assez (pas du tout dirons certains, à raison). Alors puisque personne n’a décemment décidé d’aller poser un œil sincère et un palais aiguisé sur la cuisine de ce chef, il est grand temps que l’on vous parle de Kevin Lépine. D’une part, parce que manifestement aucun GPS de critique gastronomique n’a su trouver la localisation de Ploërmel ( petit indice c’est dans le 56) et surtout parce que la cuisine de Kévin lepine est grandement digne d’intérêt.

Kevin Lepine

Kevin Lépine dans l’ombre des grands, aujourd’hui sous nos projecteurs

Cuisine de chambara

L’homme voue une passion non feinte pour le Japon et sa cuisine, cela tombe plutôt bien l’ère du temps va en ce sens. C’est donc une cuisine de rencontre que délivre Kevin lepine ;une rencontre entre des méthodes de travail japonaises et des produits bretons.

Et à bien des égards, il faut oser faire le saut de la foi pour proposer à une clientèle pour l’heure quasi exclusivement locale du wakamé, du manioc, des betteraves au vinaigre de riz, tempura et friture panko etc etc

Bar escargots

Bar sauvage, poireaux de la ferme de Gourhet, tempura de petit gris, vin jaune onctueux

Pour autant que l’on puisse en juger, le pari s’avère gagnant, en atteste une salle comble en ce samedi soir, ainsi que les avis qui s’échangent en salle d’une clientèle manifestement heureuse d’être là. Et on comprend bien pourquoi! La cuisine de Kévine Lepine fait mouche, vise juste. Privilégiant le minimalisme des associations de saveurs, le chef a d’ors et déjà appris une grande leçon malgré son jeune age: un plat réussi est un plat lisible. On se délecte de l’application à la lettre de ces vertus du dépouillement qui se cristallise notamment dans un plat remarquable: Foie gras des landes de Lanvaux au naturel, betteraves jaunes au vinaigre de riz, qui nous a laissé pantois par sa maîtrise du presque rien qui fait presque tout. Ou quand la cuisine essaye de disparaître complètement derrière les produits ce qui bien entendu ne la rend que plus rayonnante.

Foie gras Lanvaux

Foie gras des landes de Lanvaux au naturel, betteraves jaunes au vinaigre de riz

Par delà la maîtrise technique évidente, la cuisine servie au Cobh sait également se détacher du lot commun en n’ayant pas peur d’envoyer des propositions que l’on ne retrouve guère nulle part ailleurs dans ce genre d’établissement. Dites bonjour par exemple au flan de haddock ou la langue de bœuf, et si l’un aurait mérité un traitement plus empreint de finesse dans le choix de son gabarit, il nous apparaît comme fort intelligent d’oser tenter de rendre leurs lettres de noblesse à ces plats, ce qui pour le flan de haddock est totalement validé soit dit au passage.

Vous l’aurez compris au Cobh à Ploërmel, il se passe décidément des choses dignes d’intérêt, et même si l’on regrettera que le repas se soit terminé sur une fausse note plutôt déconcertante avec ce dessert: Ganache au chocolat noir et betterave, dont on ne sauvera pour ainsi dire, rien, tout le reste du repas nous aura fait dire que non, décidément il ne faut pas avoir peur.

Comme les grands

Le Cobh

Le Cobh, extérieur nuit

Ne pas avoir peur de venir pousser la porte de la devanture de cet établissement pourtant peu engageante en ce début de soirée un peu embrumée il est vrai; car derrière ces lumières un peu blafarde, dans cette rue commerçante qui au premier coup d’œil ne vend pas du rêve se cache un établissement où s’on applique plus que de raison à tous les niveaux. Car si la cuisine mérite clairement l’étape selon nous, le service n’est absolument pas en reste. La brigade que Michaël Suire a su mettre en place fait preuve d’un professionnalisme à tout rompre et d’une maîtrise que l’on est absolument en droit de ne pas attendre à ce niveau d’exigence, en atteste la panière de pains “maison”: Lait ribot, algues, sésames, crevettes grises et encre de seiche…. on salue le travail engagé !

Rajoutez une carte des vins bien pensée et bien exécutée, il devient difficile ne pas avoir l’impression d’avoir été “surclassé” durant toute cette expérience gastronomique tant tout concourt à ce que cette table prenne ce qui lui est dû: sa vraie place dans le paysage gastronomique breton. Car si aujourd’hui encore la cuisine de Kevin lepine évolue dans l’ombre de ses pères et confrères, il y a ici comme dans quelques autres tables une forme d’injustice assez flagrante quant au manque de reconnaissance du travail engagé par cette maison ainsi qu’à la constance du niveau de cuisine sur l’ensemble du repas; dernier dessert mis à part malheureusement.

“Terra inexplorada”

Alors il faudra faire encore plus, là où pourtant il y a déjà beaucoup, il faudra donc faire mieux, en maintenant le niveau déjà présent tout en évitant définitivement des échecs de ce calibre, il faudra enfin savoir aller jusqu’au bout du bout en proposant une partition post dessert plus en accord avec la qualité du travail servi dans cette belle maison.

Cette cuisine qui sait donc dire beaucoup avec peu de mots, qui sait donner beaucoup de sentiments avec peu d’ingrédients, cette cuisine que porte kevin lepine à bout de bras mérite votre attention comme elle a retenu la nôtre. Alors faites comme moi et venez vous perdre à Ploërmel au 10 rue des Forges pour venir goûter une cuisine qui vaut plus que ce qu’on lui attribue. Venez faire l’expérience de la qualité d’accueil et de service de la famille Suire, Ainsi, vous pourrez lors de votre future soirée entre amis jouer le snob pointu, celui qui a toujours un coup d’avance sur les bonnes adresses et assénez avec aplomb à l’assemblée du soir: ” Alors j’ai découvert une table qui va faire du bruit mes cocos, faut que je vous en parle…”

Et en grand seigneur, je vous laisse prétendre à la paternité de la découverte.

Le Cobh

• 10 Rue des Forges, 56800 Ploërmel
• Ouvert du lundi midi au vendredi soir et samedi soir

www.hotel-lecobh.com

Verdict :

Cuisine maîtrisée

Le Cobh/ Kévin Lépine

par Feed/Me
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